Aller au contenu
Les Rendez-Vous LectureLire, se former, s’orienter

ENS Enseignants1er novembre 20267 min de lecture

Professeure ou professeur : quel féminin employer ?

Bureau d’enseignant vide devant un tableau vert sans inscription

Sur un bulletin, dans un mail à l’établissement ou sur une carte de remerciements, la même hésitation revient : « Madame le professeur », « la professeur » ou « professeure » ? Le doute est d’autant plus gênant que le mot désigne une personne que l’on veut nommer correctement, et que le choix de la forme est souvent lu comme une prise de position. La langue, l’Académie et l’Éducation nationale ont chacune leur réponse, et elles ne coïncident pas toujours.

En bref

  • Pour une femme, on écrit « professeure » : le rapport de l’Académie française adopté le 28 février 2019 ne voit aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et cite ce féminin comme particulièrement répandu.
  • L’Éducation nationale demande, dans sa circulaire du 5 mai 2021, de féminiser l’intitulé des fonctions tenues par une femme selon le guide « Femme, j’écris ton nom ».
  • « La professeur » reste possible, mais l’Académie le juge quelque peu restrictif ; le « e » final ne se prononce pas.
  • Le point médian (professeur·e) est proscrit dans l’enseignement : on écrit « les professeurs et les professeures ».

Faut-il écrire professeure ou professeur pour une femme ?

Pour une femme, la forme à employer aujourd’hui est « professeure », avec l’article et les accords au féminin : « la professeure est absente », « madame la professeure ». C’est la forme que décrit l’Académie française dans son rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions, adopté le 28 février 2019 selon le ministère de la Culture, et l’Éducation nationale demande de féminiser l’intitulé des fonctions tenues par des femmes.

La règle de formation est simple. Pour les noms de métiers en « -eur » qui n’ont pas de verbe correspondant, l’usage s’en tenait jusqu’à une date récente à la forme masculine, remarque l’Académie, puis il laisse de plus en plus souvent la place à une forme en « -eure ». Cette terminaison, ajoute-t-elle, est commode à forger et n’est pas perceptible à l’oreille. Il n’y a donc pas de changement de prononciation : on dit « professeur » pour les deux.

Le choix se pose aussi à l’écrit pour les deux sexes à la fois. Plutôt que d’abréger, la circulaire de 2021 recommande des formules développées du type « les inspecteurs et les inspectrices de l’éducation nationale » : on écrira donc « les professeurs et les professeures ».

Que dit l’Académie française de « professeure » ?

L’Académie française accepte « professeure » : son rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions affirme qu’il n’existe « aucun obstacle de principe à la féminisation des noms de métiers et de professions », qu’elle présente comme une évolution naturelle de la langue, observée depuis le Moyen Âge.

Le rapport traite précisément ce mot. Il constate que la forme en « -eure » est particulièrement répandue dans les métiers exercés dans une large proportion par des femmes, et il ajoute : « il en va ainsi pour le féminin professeure ». Il juge que « la professeur » (avec l’article seul au féminin) présente un caractère quelque peu restrictif, sans qu’il y ait lieu de s’interdire cette possibilité. Les formes en « -eure » font débat, reconnaît-il, mais elles ne menacent ni la structure de la langue ni l’euphonie, à condition que le « e » muet final ne soit pas prononcé.

Ce texte marque un changement de position par rapport à l’ancienne mise au point du 10 octobre 2014, publiée sur le site de l’Académie, qui citait « professeure » parmi les féminins en « -eure » qu’elle estimait contraires aux règles ordinaires de dérivation. Le rapport de 2019 adopte une autre approche pour les noms de métiers et renvoie à l’usage : l’Académie s’y refuse à édicter des normes abstraites et rappelle qu’elle enregistrera dans son Dictionnaire les formes durablement établies.

Le rapport distingue encore le métier, la fonction et le grade. « Professeur » est un métier, auquel la féminisation ne pose aucun obstacle de principe ; « agrégé de l’Université » est un grade, conféré par un concours et conservé même si l’on quitte la fonction publique. Les contraintes que le rapport relève concernent surtout les fonctions, les titres et les grades.

Que prévoit l’Éducation nationale pour les actes administratifs et les cours ?

L’Éducation nationale demande de féminiser les fonctions tenues par des femmes dans ses actes administratifs et de rechercher la féminisation des métiers et des fonctions dans l’enseignement. Cette règle figure dans la circulaire du 5 mai 2021 publiée au Bulletin officiel n° 18 du 6 mai 2021, intitulée « Règles de féminisation dans les actes administratifs du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et les pratiques d’enseignement ».

Le texte applique la circulaire du Premier ministre du 21 novembre 2017 : l’intitulé des fonctions tenues par une femme doit être systématiquement féminisé suivant les règles du guide « Femme, j’écris ton nom », élaboré par le CNRS et l’Institut national de la langue française. Ce guide, édité en 1999, recense les noms de métiers, titres, grades et fonctions.

La circulaire fixe deux conséquences pour la classe : proscrire l’écriture dite « inclusive » qui emploie le point médian, car elle fragmente les mots et gêne la lecture à voix haute, et rechercher la féminisation des métiers et des fonctions. Le choix des exemples et des énoncés doit aussi respecter l’égalité entre les filles et les garçons.

Comment s’adresser à une enseignante : « madame la professeure » ?

« Madame la professeure » est la forme qui respecte à la fois le rapport de l’Académie et les consignes de l’Éducation nationale, puisque l’article et le nom sont au féminin.

L’Académie laisse cependant une place au choix individuel : lorsque certaines femmes exerçant des fonctions longtemps tenues par des hommes préfèrent être désignées au masculin, « aucune raison n’interdit de déférer à ce souhait ». Une enseignante qui demande « Madame le professeur » peut donc être appelée ainsi, mais cela relève de sa préférence, pas de la règle.

Quels autres noms de métiers de l’enseignement ont un féminin ?

La plupart des noms de l’enseignement ont déjà un féminin en usage. Le tableau regroupe ce que disent l’Académie française et l’Éducation nationale. Le métier de professeur des écoles est abordé dans l’article sur la reconversion vers prof des écoles.

FormeStatut d’après les textes
la professeureForme en « -eure » particulièrement répandue pour les métiers largement féminins (Académie française, 2019)
la professeurPossible, mais « quelque peu restrictif » (Académie française, 2019)
la profApocope familière, « très ancienne » (Académie française, 2019)
les rectrices d’académieFormulation employée par la circulaire du 5 mai 2021 : « recteurs et rectrices d’académie »
les directricesFormulation employée par la même circulaire : « directeurs et directrices de l’administration centrale »
les inspectrices de l’éducation nationaleExemple donné par la circulaire de 2021 pour rappeler la place des femmes dans toutes les fonctions
une principaleFéminin donné par l’Académie parmi les formes usuelles en « -e »
une proviseurAncien usage selon l’Académie, qui voit la forme en « -eure » prendre le relais
maîtresse de conférencesForme imposée à l’Université, selon l’Académie

Questions fréquentes

Comment prononce-t-on « professeure » ?

Comme « professeur » : le « e » muet final ne se prononce pas. L’Académie française pose cette condition pour juger que les féminins en « -eure » ne posent pas de problème d’euphonie. À l’oral, rien ne distingue donc les deux formes, seul l’article ou l’accord indique le genre.

Une enseignante peut-elle demander à être appelée « professeur » au masculin ?

Oui. Le rapport de l’Académie rappelle que, lorsque certaines femmes exerçant des fonctions longtemps tenues par des hommes préfèrent être désignées au masculin, aucune raison n’interdit de déférer à ce souhait. La règle de féminisation n’est pas pensée pour contraindre une personne contre sa préférence.

Peut-on écrire « professeur·e » dans un document de classe ?

Non. La circulaire du 5 mai 2021 demande de proscrire l’écriture inclusive qui utilise le point médian, car elle modifie les accords usuels et gêne la lecture et la prononciation. Elle recommande des formulations développées, comme « le candidat ou la candidate ».

Qu’est-ce que le guide « Femme, j’écris ton nom » ?

C’est le guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions édité en 1999 par l’Institut national de la langue française, avec le CNRS. L’Éducation nationale s’y réfère dans sa circulaire de 2021 pour féminiser l’intitulé des fonctions tenues par des femmes.

Que dit la circulaire de 2017 sur l’abréviation des féminins ?

La circulaire du Premier ministre du 21 novembre 2017 concerne les règles de féminisation et de rédaction des textes publiés au Journal officiel. Elle écarte les formes abrégées par point médian, d’après la page que le ministère de la Culture consacre à la féminisation de la langue.

Sources

Sources consultées le 28 octobre 2026, présentées sans liens cliquables.

  • Académie française, « La féminisation des noms de métiers et de fonctions », rapport de la commission présidée par Gabriel de Broglie, academie-francaise.fr. Adresse : https://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf
  • Académie française, « La féminisation des noms de métiers, fonctions, grades ou titres : mise au point de l’Académie française », 10 octobre 2014. Adresse : https://www.academie-francaise.fr/actualites/la-feminisation-des-noms-de-metiers-fonctions-grades-ou-titres-mise-au-point-de-lacademie
  • Ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, « Règles de féminisation dans les actes administratifs du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports et les pratiques d’enseignement », circulaire du 5 mai 2021, NOR MENB2114203C, BO n° 18 du 6 mai 2021, education.gouv.fr. Adresse : https://www.education.gouv.fr/sites/default/files/document/BO_18_MENJS_1405801.pdf-308001.pdf
  • Ministère de la Culture, « Féminiser la langue française », culture.gouv.fr. Adresse : https://www.culture.gouv.fr/fr/Thematiques/langue-francaise-et-langues-de-france/Agir-pour-les-langues/Moderniser-et-enrichir-la-langue-francaise/feminiser-la-langue-francaise

Sur le même rayon